CHAPITRE 1
Voiles vers Dragone
Voiles vers Dragone
10 Décembre 2018.
Dragone, capitale Absinthe : un lieu où le froid mordait les os et où les aspirations des âmes braves étaient sculptées dans le marbre. Les rues pavées de la ville s'étiraient dans un silence austère, comme si même les pierres refusaient de laisser la joie pénétrer leurs interstices. Ici, les aspirants soldats se formaient à l'ombre des remparts rugueux, une discipline rigoureuse les guidant à chaque pas. La distraction était bannie, remplacée par le grondement des épées s'entrechoquant, le bruit des respirations haletantes et le crépitement des braises dans les foyers qui illuminent la noirceur de l'hiver. La vieille caserne des hoplites, avec ses murs granitiques qui se dressaient en sentinelles de l'histoire, abritait les espoirs et les sueurs des jeunes aspirants. Des campements basiques parsemaient les abords, simples refuges dans lesquels les combattants s'abritaient, se préparant pour les jours à venir où ils forgeraient leur destinée sur le champ de bataille.
Parmi les soldats, Shown se tenait au milieu de la cour de pierre. De haute stature, le visage marqué par les rudes labeurs, tout son être exhalait la force brute et sans fard. S'il n'était pas le guerrier le plus émérite de sa cohorte, son regard brûlait des lueurs du courage, comme une flamme vacillante persistant face aux vents glacés. Il observait les dernières recrues s’entraînant à la lance, lorsque le pas mesuré du caporal Vorapsak interrompit le bruit mat du bois et de l’acier. Une fois arrivé à la hauteur de Shown, il proféra d’une voix forte mais calme :
“Soldat Shown ! Ta loyauté s'égare-t-elle pour oublier le respect dû à tes supérieurs ?”
C'était dans le balancement fluide de son épée, dans la manière dont il sondait le souffle de l'adversaire, que l'on pouvait deviner l'histoire de Vorapsak : un gardien des traditions et un transmetteur de valeurs, une figure qui guidait les âmes des jeunes soldats à travers les ténèbres du doute vers la lumière de la résolution. Il incarnait la dualité de la sagesse et de la rigueur.
Shown avala difficilement sa salive. Il hocha la tête, laissant un léger sourire s'esquisser sur les lèvres de Vorapsak.
“Eh bien, jeune homme, reprit le caporal, un absinthe peut-il refuser un duel ? Lève donc ton épée pour laver cet outrage ! “
Le jeune soldat attrapa son épée à contrecœur. Les premières passes furent prudentes, chez les deux épéistes. Mais Vorapsak força Shown à parer à plusieurs reprises par un brusque changement de rythme. Lorsque les épées volèrent l’une contre l’autre dans un éclat sonore, les deux combattants se trouvèrent à pousser chacun pour dépasser leur adversaire, corps contre corps. Vorapsak désormais plus proche de l’oreille de Shown murmura :
"Soldat Shown, les rêves sont-ils pour les cœurs valeureux ou insouciants ? Le chemin Absinthe est hérissé d'épines et de sacrifices.
- Caporal, c'est mon rêve de devenir Absinthe. Mon âme ne saurait trouver un autre foyer. Je persévérerai dans cette quête, peu importent les orages, je persisterai !" répliqua Shown avec une détermination farouche.
Dans un élan de poussée, les deux combattants se libérèrent de l’immobilité et une pluie de coups s’abattit sur Vorapsak, qui para tout, en souplesse. Chaque coup était pour le plus jeune une marque de sa ferveur et de sa détermination. Mais cette ferveur grandissante, cependant, commençait à le trahir. Ses gestes fougueux, bien que puissants, étaient de plus en plus imprudents. Ses mouvements se faisaient moins précis, ses ripostes moins contrôlées. Vorapsak, toujours calme et maître de lui, en profita. Alors que Shown abaissait sa garde pour porter un coup imposant, Vorapsak effectua une feinte rapide, contournant sa défense affaiblie. En une fraction de seconde, l’épée tomba de la main de l’aspirant absinthe. Le métal froid de la lame de Vorapsak se posa doucement contre sa gorge, mettant fin au duel. L'instant était suspendu, une vérité amère flottant dans l'air.
"Tu as de la passion, Shown," dit Vorapsak d'une voix grave. Mais la passion seule ne suffira pas. Le rang des Absinthes est habité par des âmes fortes, des cœurs nobles et des caractères inébranlables.”
14 Décembre 2018.
Alors que le soleil amorçait sa descente dans le ciel, la vieille cloche de la basilique d'écailles résonna, son carillon vibrant à travers les rues de Dragone. Les habitants arrêtèrent un instant leurs activités, et les yeux se tournèrent vers le port, où l'horizon maritime s'ornait de voiles blanches. Un navire Absinthe, majestueux et imposant, émergea lentement des brumes marines, ramenant à son bord une expédition couronnée de succès.
Sur le pont du navire, le général Vegeta se dressait, silhouette de la victoire, incarnation de la fierté Absinthe. Au fur et à mesure que le navire approcha du port, les acclamations résonnèrent comme une mélodie de triomphe, comme des preuves de dévotion sincère, mais dans une discipline toute militaire et sans bruit excessif. Les soldats à bord aussi bien que ceux à quai acclamaient leur chef victorieux pour lui rendre un sobre hommage. À Dragone, la discipline et la rigueur semblaient prendre le pas sur les démonstrations flamboyantes. Les solides poignées de main et les regards échangés exprimaient plus que des mots. Les exploits de l'expédition étaient murmurés d'une oreille à l'autre, formant une mélodie discrète qui tissait des liens entre les soldats.
Accoudé au bastingage, Schizof se tenait légèrement en retrait, scrutant la scène d'un œil observateur. Athlas, à ses côtés, captait chaque détail avec une intensité silencieuse, comme l’échange discret entre le caporal Vorapsak et le général Vegeta lorsque celui-ci débarqua du navire : leurs voix basses semblaient danser dans l'air comme un secret partagé. Un sourire léger et énigmatique effleura les lèvres du général Vegeta, conférant à son expression un air d'assurance calculée.
Les soldats du bord regagnèrent leurs campements dans un silence dans la retenue après avoir exprimé leur respect au général Vegeta. L'ambiance était empreinte de recueillement, comme si chaque instant était empreint de gravité. Pourtant, en dépit de cette atmosphère de retour au bercail, Athlas se sentait comme un étranger. Une pointe d'amertume caressait son esprit, comme s'il avait souhaité une fin de journée différente. Dans un coin de son imagination, il se voyait lever une chope de bière dans une taverne animée, partageant des rires et des récits avec des compagnons d'infortune. Une image en contraste avec la réalité silencieuse qui l'enveloppait désormais. Schizof lui glissa quelques mots comme s’il avait perçu l’agitation dans l’esprit du jeune homme :
"Le retour du général est un événement majeur pour le Lycan Cercle ».
Les yeux sombres d'Athlas se fixèrent dans ceux de son interlocuteur avant qu’il n’ajoute :
"Sache, Athlas, que Muse peut offrir des alternatives aux voies prédestinées. Telle une étoile qui peaufine sa lueur au sein de l'obscurité, tu peux briller davantage sans changer ta nature."
Ces paroles demeurèrent dans l'esprit d'Athlas, un murmure d'espoir enveloppé dans l'ombre du doute, lorsqu’il posa le pied à son tour sur les pierres du quai Absinthe.